07/09/2018

Gens de Dublin




Les accords de Dublin sont censés déterminer quel Etat membre de l’Union européenne est responsable d’examiner une demande d’asile. Bien qu’ils soient critiqués de partout, ils continuent à être appliqués. Dans les faits, cela retombe en général sur le premier pays de l’UE dans lequel arrivent les réfugiés, soit surtout l’Italie et la Grèce.

Quand on regarde une carte de l’Europe, Dublin est située tout au nord-ouest. Les pays desquels proviennent les réfugiés sont presque tous situés en Afrique et au Moyen-Orient, soit au sud et à l’est de l’Europe. Ainsi, il faudrait à un réfugié souhaitant rejoindre Dublin traverser une mer, la Méditerranée, puis une terre, l’Europe, puis une mer, la Manche, puis une terre, la Grande-Bretagne, puis encore une mer, celle d’Irlande. Les accords de Dublin, réglant le sort des demandes d’asile dans l’Union européenne, ont donc été signés dans une des villes les plus difficiles d’accès aux réfugiés. C’est là une première cruelle ironie.

L’Irlande a longtemps été une terre d’émigration. Au XIXe siècle, 4 millions d’Irlandais ont émigré, principalement vers les Etats-Unis. Mais déjà avant, et aussi après, c’est presque une vieille tradition irlandaise que de quitter le pays quand ça va mal. Après la crise de 2008, ils furent par exemple 300 000 à quitter l’Irlande. Ainsi, les accords de Dublin, qui dans les faits freinent la migration, ont été signés dans la capitale d’un pays qui a une longue tradition d’émigration. C’est là une seconde cruelle ironie.

En Europe, Dublin n’est pas une ville majeure, ni comme destination touristique ni comme référence culturelle. Elle n’évoque pas d’image très précise, si on n’y est jamais allé. C’est pourquoi elle a très facilement disparu sous les accords de Dublin: aujourd’hui, lorsqu’on évoque Dublin, on pense bien plus aux accords du même nom qu’à la capitale irlandaise. La ville est devenue le symbole de ces accords, s’y réduit même bien souvent. De cela, les Irlandais ne se rendent pas compte, tout comme les Lausannois ne se rendent pas compte qu’en Turquie leur ville est avant tout celle du traité de 1923. Il y a d’autres villes d’accords et de traités, de solutions qui posent problème, ou de problèmes qui trouvent solution, qui ne sont connues presque que pour ça: Sèvres, Schengen, Dayton, Maastricht.

En 1961, Berlin est quant à elle devenue, pour trois décennies, le symbole de la division. On parlait du «mur de la honte». Berlin, c’était le gris. Et puis après 1989, Berlin s’est mise à évoquer d’autres choses, l’ouverture, le foisonnement, la couleur. On peut espérer un même retournement pour Dublin. Dans bien des croyances populaires, mais aussi dans la pharmacopée, le remède est à chercher juste à côté du poison. Il est possible que le nœud de Dublin doive un jour être dénoué ou tranché à Dublin. Ce serait un joli destin pour cette ville, et pour les Irlandais en général. Et pour les gens de Dublin du XXIe siècle, qui ne sont plus ceux racontés par James Joyce mais ceux qui vivent sous le régime de son règlement, réfugiés de guerre ou réfugiés politiques, et bien sûr aussi les Dublinois d’aujourd’hui.

En résidence littéraire à Dublin, mon premier contact humain fut le chauffeur du bus de l’aéroport. Là où la langue anglaise nous habitue en général à la politesse, son côté direct et brusque interpella les voyageurs qui entraient dans le bus et s’agglutinaient aux premières places disponibles: «Allez, vous tous, allez au fond, faites de la place, il y a de la place!» Oui, cet Irlandais avait raison, il y a encore de la place et la barque n’est pas pleine. Les voici, les gens de Dublin.

Ce texte est la mise en forme d’une intervention poétique faite à l’occasion d’une soirée consacrée aux accords de Dublin organisée à l’Unil par le Printemps de la Poésie, Le Cabanon – espace pour l’art contemporain et le Collectif R, le 19 mars dernier.

Il a été publié dans le journal "Le Temps" le 19 avril 2018.
https://www.letemps.ch/opinions/gens-dublin

Actualités

Prochaines dates:

26 septembre 2018, librairie Le Bal des Ardents, Lyon, 19h.
Lancement du nouveau numéro de la revue "Hippocampe". Avec Gwilherm Pertuis, Jean-Guy Coulange, Sylvie Lagnier et Warren Lambert. Ecoutes, présentations, projections, lectures.

29 septembre 2018, festival Poésie en Ville, Genève, 12h30.
iNTERFACES. Lecture-performance.

Dates passées:

6 mai 2018, Lire sous les Halles, Decize, 10h-18h.
Rencontre-dédicaces autour d'Espagnes. Dans les cadres des rencontres littéraires du salon de la nouvelle Littér'Halles.

27 avril 2018, galerie ContreContre, Saint-Maurice, 18h.
Performance. Dans le cadre de l'exposition Olivier Dumoulin / Aladin Commend

22 mars 2018, one gee in fog, Chêne-Bourg (Genève), 18h30.
only the curve remains. Soirée poétique. Avec Carla Demierre, Gilles Furtwängler, Wanda Obertrova, et également Ohad Ben Shimon, Manuela Cossalter, Anders Karlsson et la revue Gruppen.

19 mars 2018, Le Cabanon, UNIL, Lausanne, 17h30.
Variations poétique du système Dublin. Avec le Collectif R, Ibrahim Soysüren, Colin Pahlisch, Gilles Mermino.
Dans le cadre du Printemps de la Poésie.

5 octobre 2017, lokal-int, Biel/Bienne, 20h
Thermal. Pièce électroacoustique, avec le trio Des Cendres.

4 octobre 2017, La Reliure, Genève, 20h
Thermal. Pièce électroacoustique, avec le trio Des Cendres.

30 septembre 2017, Payot, Neuchâtel, 10h30.
Espagnes. Lecture et rencontre-dédicace. Avec également Bertrand Schmid.

15 septembre 2017, Asile 404, Marseille, 20h.
LeManagement. Performance poétique avec Jérémie Conne.

9-10 septembre 2017, Festival Place aux Nouvelles, Lauzerte
Espagnes. Lectures et rencontres

7 juin 2017, Le 102, Grenoble, 20h30
Thermal. Pièce électroacoustique, avec le trio Des Cendres.

1-2 mai 2017, La Loge / Radio Campus, Paris, 19h.
Thermal
. Pièce électroacoustique, avec le trio Des Cendres.
Dans le cadre du festival Brouillages.

26 avril 2017, Stand des éditions de La Baconnière, Salon du Livre, Genève, 15h-17h.
Rencontre-signature pour le livre Espagnes.

7 avril 2017, Cinéma Bellevaux, Lausanne, 20h30.
Thermal
. Pièce électroacoustique, avec le trio Des Cendres.

22 mars 2017, Le Petit Salon, Lausanne, 18h.
LeManagement. Performance poétique avec Jérémie Conne. Dans la cadre du Printemps de la Poésie. Avec également: duo OU.P.S., Célia.

15 mars 2017, librairie L'Etage, Yverdon, 18h30.
Corps animal: croiser les voix. Rencontre poétique, avec Eric Duvoisin Et Marie-Luce Ruffieux. Dans le cadre du Printemps de la Poésie.

1er février 2017, librairie du Petit Salon, Lausanne, 18h.
Espagnes. Lecture de récits.

14 janvier 2017, Théâtre le Popul'Air, Paris 20e, 22h30.
Chanson de geste contemporaine et poésie épique carnavalesque. Dans le cadre des soirées paroles et improvisation musicale du Collectif Citrouille.


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